Des itinérants pour figurants, par J-Jacques Samson

Des itinérants pour figurants
j. jacques samson jjacques.samson@quebecormedia.com
Le Journal de Quebec
9 décembre 2014

Certaines opérations de communications sont vraiment trop grossières. La présentation du plan d’action sur l’itinérance un dimanche, à l’Accueil Bonneau, quelques jours seulement avant Noël, alors que tout le monde a les sentiments à fleur de peau, est de celles-là.
Faire une telle mise en scène a quelque chose de cynique, d’autant plus que l’ajout d’argent neuf est si mince par rapport aux besoins qu’il ne fera pas une différence notable au niveau de la rue, selon des spécialistes.

Le gouvernement du Québec n’a pas d’argent. On nous le répète depuis des mois. Il ne fallait donc pas s’attendre à des injections de plusieurs dizaines de millions, dans la foulée de la politique sur l’itinérance adoptée sous le gouvernement Marois en février.
Ce document n’était d’ailleurs qu’un énoncé de grands principes et il ne contenait pas de mesures concrètes ni de cadre budgétaire. Cela devait venir seulement après les élections du printemps dernier.

Le gouvernement a changé et un plan d’action se faisait attendre. Celui-ci demeure encore très vague. Il n’y avait pas de quoi donner un tel spectacle et utiliser des itinérants comme figurants pour tenter de leurrer la population. Les politiciens sont vraiment prêts à toutes les bassesses qui leur sont suggérées par de soi-disant experts en communications.

LES BONNES CIBLES
La problématique de l’itinérance est complexe: hébergement, alimentation, hygiène personnelle, problèmes de santé mentale, consommation de drogues et d’alcool, violence, sécurité publique et j’en passe.

Les besoins premiers sont évidemment des places d’accueil et l’accès à de la nourriture. Le plan d’action met la priorité sur les refuges et des logements sociaux réservés aux itinérants.

Plus les moyens financiers sont modestes, plus il est important de viser les bonnes cibles.

LE COMMUNAUTAIRE
Le nombre d’itinérants ne cesse de croître. Le support à ces derniers est en grande partie fourni par des organismes communautaires. Les charges seront de plus en plus lourdes pour ceux-ci.

Les Québécois se font reprocher d’être moins généreux en dons de charité que la moyenne des Canadiens, mais leur gouvernement les saigne à l’os et ils ont été habitués à s’en remettre à lui pour s’occuper du filet social. L’argent des 17 cafés de plus par semaine que le gouvernement leur arrachera en 2015, ils ne l’auront pas pour faire des dons.

Les organismes qui viennent en aide aux plus démunis, dont les itinérants, ne peuvent miser sur des hausses appréciables de rentrées d’argent dans les prochaines années provenant des dons des particuliers.

Le gouvernement a donc intérêt à soutenir l’action communautaire sans laquelle le fardeau de ses clientèles lui reviendrait. Chaque dollar alloué à ces organismes lui en fait économiser de nombreux qu’il n’a pas, de toute façon, pour se substituer à eux.

La révision de ces programmes devra se faire au scalpel. Il est de loin préférable de sabrer dans ceux dits de «défense des droits» pour le fonctionnement des lobbys aux tentacules dans toutes les régions qui répètent toutes la même cassette, que de resserrer les crédits destinés à des services directs aux plus vulnérables.

Entre-temps, j’espère que la ministre Lucie Charlebois fera au moins parvenir des dindes à l’Accueil Bonneau à l’occasion des Fêtes pour s’acquitter de l’avoir utilisé de la sorte.

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