La fin du steak-patates | Sorties | Spectacles | Le Journal de Québec

La fin du steak-patates | Sorties | Spectacles | Le Journal de Québec.

Magnan va fermer ses portes le 21 décembre, après 82 ans d’existence.

Est-ce qu’il y a quelqu’un qui est surpris?

Que cette taverne traditionnelle, spécialisée dans le rôti de bœuf et les pommes de terre au four, ferme ses portes, est hautement symbolique. C’est la confirmation de la fin d’une époque, celle où les Québécois mangeaient du steak-patates et ne connaissaient rien d’autre.

C’est le dernier clou dans le cercueil de la cuisine de nos grands-mères.

Et que ça saute !

Au lieu de s’apitoyer sur la disparition de Magnan, on devrait au contraire saluer le fait qu’aujourd’hui on est rendu plus loin, plus sophistiqué, plus exigeant.

Dans sa relation à la bouffe, le Québec est passé en quelques années de «routinier» à «bistronomique». Comme si on était passé de la position du missionnaire le samedi soir à l’étude complète du kamasutra trois fois par jour.

Au resto, on mange la poutine au foie gras de Martin Picard à Montréal, la poutine inversée de Danny St-Pierre à Sherbrooke et du tartare de bison chez Boulay à Québec.

À la maison on cuisine de l’effiloché de porc avec Louis-François Marcotte. Et devant la télé on salive devant le pigeon aux petits pois de Hakim à l’émission Les Chefs!

On est passé du pâté chinois de Jehane Benoit au «Parmentier de canard braisé» de Ricardo.

Drôle de hasard, le jour même où on apprenait la disparition de la taverne Magnan, le Philadelphia Inquirer publiait un article délirant sur la «révolution culinaire» … de la ville de Québec.

Oui mes amis, c’est là que ça se passe dorénavant pour les «foodies».

Le journaliste américain se pâme devant les cailles aux chanterelles du resto L’Affaire est ketchup. Il roule de plaisir devant les confitures aux fraises et basilic de Tigidou à l’Île d’Orléans. Il s’extasie devant les vins naturels du Moine Échanson et le tartare au saumon et pamplemousse rose du Clocher Penché. Son texte est parsemé des mots «cool», «funky» et «edgy».

Le Québec fait maintenant autant parler de lui à l’international avec sa cuisine tatouée qu’avec sa musique branchée.

L’aile ou la cuisse ?

Chaque fois qu’une «institution» ferme ses portes, on entend des gens se plaindre que «c’est donc bien triste». Mais si on y tenait tant, à cette institution, pourquoi était-elle désertée?

Les clients qui pleurent la disparition de Magnan le trompaient peut-être avec le Joe Beef. Et quand des amis venaient de l’extérieur, ils les amenaient peut-être au Grinder plutôt que chez Magnan, non?

Quand Ben’s ou le Laurier BBQ ont fermé leurs portes, on a eu droit aux mêmes commentaires larmoyants. Mais les deux établissements étaient aussi déserts que le comptoir des départs à l’aéroport Mirabel!

Comprenez-moi bien : je trouve triste la fin de Magnan, surtout pour les employés qui y travaillaient.

Mais cette disparition doit être remise en perspective. La cuisine québécoise est rendue si riche, si moderne, si innovatrice, si époustouflante qu’à côté de ça le filet mignon aux épices de Magnan a l’air d’un vestige d’un autre siècle.

Comme un vieux mais sympathique téléphone à roulette à l’époque du iPhone 6.

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