La Saga CHOI-FM : 10 ans

Il y a dix ans, le 13 juillet 2004, le CRTC annonçait la fermeture de la station numéro un dans la région, CHOI-FM, ce qui a mené neuf jours plus tard à une manifestation sans précédent dans les rues de Québec.

À la Une du Journal de Québec : la peine de mort pour CHOI Radio X et une couverture de sept pages.

«À force de récidive, CHOI a signé son arrêt de mort. Pour ses infractions répétées, CHOI-FM écope de la peine maximale imposée par le CRTC», écrivait le confrère Pierre O. Nadeau alors que les auditeurs de la capitale étaient stupéfaits de cette bombe médiatique lourde de conséquences.

«Ils ont eu toutes les chances de s’amender. Nous n’avions pas le choix», avait déclaré Charles Dalfen, le président du CRTC à l’époque.

«Le CRTC n’avait pas pris cette décision pour rien», croit toujours dix ans plus tard Liza Frulla, ancienne ministre fédérale du Patrimoine.

Juridique et populaire

Dès le lendemain, le 14 juillet, Jeff Fillion a mis fin à ses vacances pour revenir en ondes et entamer une bataille populaire et juridique. André Arthur alors employé de CKNU, une autre station de Genex Communication, était convaincu qu’il était le prochain ennemi à abattre.

Propulsés par le slogan «Liberté», des dizaines de milliers d’auditeurs ont manifesté leur désaccord en marchant sans aucun débordement entre le PEPS et l’Agora. Même si le chiffre de 50 000 personnes demeure encore contesté, les manifestants étaient peut-être plus nombreux que lors du Sommet des Amériques en 2001. Le combat est vite devenu politique. Le 10 août 2004, 3000 auditeurs ont protesté devant le Parlement à Ottawa.

«Nous étions à une manifestation de plus d’une intervention politique», affirme l’ancien propriétaire Patrice Demers. «Je ne peux pas croire qu’il pense ça», rétorque Madame Frulla.

Toujours en ondes

La station a ensuite porté en appel devant la cour fédérale la décision du CRTC. CHOI-FM a continué de diffuser avant de se tourner vers la Cour suprême du Canada. En 2006, après le départ de Jeff Fillion, CHOI a été vendue à Radio-Nord, maintenant RNC Media. Plus tard, la Cour suprême a refusé d’entendre l’appel de Genex concernant la décision de la cour fédérale. Officiellement, le CRTC a eu gain de cause, mais le 98,1 n’a jamais fermé.

Jeff Fillion et André Arthur ont décliné l’invitation à commenter. Gilles Parent n’a pu être rejoint.


«J’étais à CHRC depuis peu après mon départ de CHOI et mon nouveau boss n’avait pas aimé que je sois présent à la marche. C’était touchant de voir autant de monde défendre une radio. Quand les gens se mobilisent, ça peut changer des choses.» -Raynald Cloutier

«Je travaillais comme morning man à Matane et j’avais pris congé en période de sondage pour aller manifester même si mon boss n’était pas chaud à l’idée.» -Vincent Dessureault

«C’était improvisé. J’avais commencé par crier Fru, Fru, on s’en… Il y avait un sacre que je ne disais pas et la foule a poursuivi à ma place. Je n’en revenais pas de voir comment c’était gros. Autant de gens qui n’avaient aucun intérêt personnel.» -Réjean Breton

«J’avais écrit que c’était absurde qu’une entité fédérale comme le CRTC ferme la radio du gars qui semblait avoir le plus d’impact pour contrer le discours souverainiste et nationaliste.» -Frédérick Têtu, auteur et professeur de philosophie

«Le jour même de mon assermentation, on recevait un appel. Il était impossible de dire au CRTC de refaire ses devoirs. C’était déjà rendu devant la cour. Ce n’était plus dans nos mains. Il n’y avait pas d’intervention politique possible.» -Liza Frulla, ancienne ministre de Patrimoine Canada

DES SOUVENIRS MARQUANTS

Plusieurs acteurs de ce combat inédit contre le CRTC parlent encore avec beaucoup de passion de cet épisode marquant de leur carrière respective.

Sur le plan juridique, Me Guy Bertrand souligne que personne n’avait encore osé attaquer de front l’organisme fédéral. L’avocat s’est toujours fait un point d’honneur de défendre les minorités qui dérangent la société.

«On a réussi à sauver la station. Lors de la manifestation, ce n’était pas des moutons qui marchaient ,mais des gens profondément convaincus.»

Deux notions de droit s’affrontaient alors : la liberté d’expression et la diffamation. «C’était une collision frontale. David contre Goliath. J’ai toujours pensé qu’il y avait des tribunaux civils pour des dossiers comme celui de Sophie Chiasson.»

L’ancien propriétaire Patrice Demers voit d’un oeil différent la conclusion de cet affrontement. «La Cour suprême a refusé d’entendre notre cause et aujourd’hui, le CTRC a toujours le droit de fermer une station pour des propos tenus en ondes.»

Dix ans plus tard, l’ex-patron parle de sentiment d’injustice. «Il y a toutefois une certaine victoire financière, soit celle de ne pas avoir fait faillite. Les auditeurs ont également pu conserver leur station et CHOI est toujours un joueur hyper dominant dans le marché actuel.»

Manifestation monstre

L’animateur Denis Gravel, qui a passé toute sa carrière au 98,1, doutait comme plusieurs autres du succès de la manifestation du 22 juillet 2004.

«Nous étions très pessimistes, mais au tournant pour prendre le boulevard Laurier, nous avons été cassés en deux! Sur Grande Allée, il y avait des gens à perte de vue, c’était surréaliste. Des gens qui disaient aux décideurs de les écouter. J’ai des frissons à en parler, même après tout ce temps. Dix ans plus tard, c’est ironique de voir des médias qui rêvaient de voir fermer Radio X qui recrutent maintenant des animateurs-vedettes de cette période.»

Point culminant

Yves Landry se souvient qu’il tenait une affiche avec l’image de Mohammed Ali et le slogan Nothing is impossible.

«J’avais mis la pancarte sur un bâton de Guy Lafleur. Avec le professeur Jacques Zylberberg à l’avant, ça valait dix milliards. Sur la scène, il s’est levé de sa chaise roulante en pointant sa canne au ciel en signe de liberté. Ce fut le point culminant. Les gens hurlaient. C’était démesuré.»

LA SAGA CHOI-FM

LES GRANDES DATES

  • 13 juillet 2002 | Le CRTC renouvelle la licence pour deux ans au lieu de sept ans.
  • 13 juillet 2004 | Le CRTC annonce qu’il ne renouvelle pas la licence de diffusion qui expire le 31 août 2004.
  • 22 juillet 2004 | Des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues de Québec.
  • 10 août 2004 | Une manifestation a lieu à Ottawa.
  • 11 août 2004 | CHOI s’adresse à la cour fédérale.
  • 25 août 2004 | La station pourra diffuser durant les procédures judiciaires.
  • 1er septembre 2005 | Les tribunaux donnent raison au CRTC. CHOI se tourne ensuite vers la Cour suprême.
  • Octobre 2006 | Le CRTC donne son accord à la vente de CHOI à Radio-Nord.
  • 14 juin 2007 | La Cour suprême refuse d’entendre l’appel de Genex mais la station de RNC Media continue d’émettre.

LES INTELLECTUELS S’EN MÊLENT

Plusieurs travaux universitaires ont été rédigés sur «l’affaire CHOI-FM» depuis dix ans.
  • L’affaire CHOI-FM… Construction identitaire ou  prédisposition sociologique?, par Olivier Lemieux, de l’Université de Sherbrooke.
  • Le néopopulisme de CHOI-FM : De l’expansion de la logique consumériste, Profil socioécomique et sociopolitique des auditeurs mobilisés, par Jean-Michel Marcoux et Jean-François Tremblay, de l’Université Laval.

Source : http://www.journaldequebec.com/2014/07/12/il-y-a-10-ans-lapogee-de-la-bataille-pour-choi-fm

Il est à noter que Jeff Fillion et André Arthur ont refusé de donner une entrevue à ce sujet tandis que Gilles Parent n’a pas retourné les appels du journaliste.

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