L’espoir d’un milieu de vie meilleur dans les CHSLD

En faisant récemment du ménage dans mes papiers, je suis tombé sur une découpure du journal Le Soleil du 21 mai 1995 (voir plus bas). Cet article sur le projet de zoothérapie au CHSLD Chanoîne-Audet de St-Romuald, je voulais le garder en souvenir de mon stage d’un an pour ma maîtrise en psychologie que j’avais terminé en décembre 1994, six mois avant la parution de l’article. Et aussi pour garder un souvenir de la résidente Claire Boivert qui est présente sur une des photos. Ça me rappelle que ce projet avait débuté pour ce qui du CHSLD l’automne précédent, au moment de mon troisième trimestre de stage. Ce projet est arrivé au bon moment pour l’infirmière-chef Charlotte Bélanger et le CHSLD. Mme Bélanger et mon superviseur de stage et psychologue Gilbert Gervais, du Centre de santé Paul-Gilbert à Charny (le CHSLD était rattaché à l’établissement de Charny à l’époque, ce qui avait causé d’ailleurs quelques frictions à l’interne) avait concocté un projet plus global pour le CHSLD, faire de celui-ci un milieu de vie. Le projet des adolescentes de zoothérapie avait constitué le dernier inatendu et inespéré morceau pour compléter le casse-tête,

Moi et les 3 autres stagiaires de l’année 1994 fûmes impliqués activement dans ce projet global. En plus de faire de la psychothérapie avec la clientèle de l’établissement, d’autres activités diversifiées avaient été données par les stagiaires : musicothérapie, ateliers découvertes et souvenirs, etc. Des formations sur les problématiques vécues par les personnes âgées en milieu hospitalier avaient été également données auprès du personnel infirmier du CHSLD et auprès des familles. Le tout était orchestré avec la collaboration de l’infirmière-chef Charlotte Bélanger à l’intérieur de ce que l’on appelait simplement le comité Vie. Dans ce comité, on avait couché sur papier nos objectifs et les activités pour y arriver. Des objectifs tels que favoriser l’autonomie des résidents, les distraire, briser la solitude, favoriser la mémoire, etc.

Pour ma part, en plus de collaborer en assistance à toutes les activités, j’étais responsable de la formation des familles de bénéficiaires. Des rencontres en soirée avaient été données sur des thématiques demandées par les familles : intégration du bénéficiaire au CHLSD, maladie d’Alzheimer et démence vasculaire, troubles cognitifs, la solitude, etc. Évidemment, j’évitais le plus possible d’être trop technique ou trop lourd et j’adaptais les formations en fonction de leurs connaissances et de leur propre vécu. Je demandais également aux participants de partager leur vécu, leurs angoisses. Ceux-ci se sentaient moins seuls dans leur souffrance et pouvaient à l’occasion aider d’autres participants dans le besoin. Malgré tout, ce fut difficile de rejoindre les familles des bénéficiaires. Certaines thématiques attirèrent un grand nombre de gens, d’autres beaucoup moins. Malgré toutes les bonnes intentions derrière les formations, ces dernières confrontent les propres angoisses des participants. Pour ce qui est des autres activités, ateliers et musicothérapie, les bénéficiaires étaient sélectionnés en fonction de leurs besoins et de leurs capacités. Les séances de musicothérapie données par une stagiaire auxquelles je prêtais assistance étaient très ciblés envers les personnes présentant des déficits cognitifs. Il pouvait même y avoir des cas quasi neuro-végétatifs. Évidemment, pour ces derniers, il n’était pas question de leur faire jouer de la tambourine. Mais juste  le fait d’être présent, d’entendre une musique agréable pouvaient les stimuler et les rendre attentifs à nouveau au monde extérieur. Je me souviens d’une personne dans cette situation et on avait pu voir une différence en très peu de temps. Je me souviens également d’avoir fait des photocopies de vieilles photos de la ville de Québec et de St-Romuald pour les présenter dans des ateliers. Je me souviens également que pour un patient précis atteint de démence vasculaire, afin de l’aider à retrouver le chemin qui le mène à sa chambre, j’avais posé des photos de véhicules antiques de vieux calendriers sur un des murs qu’il n’avait qu’à suivre. En plus, ça rappelait des souvenirs à plusieurs autres résidents dans cette aile et ça créait des discussions et des liens. Ça les faisait sortir de leur chambre pour socialiser entre eux. C’est pour vous dire toute la latitude et la confiance qu’on avait de l’infirmière-chef. Par ailleurs, on avait peu de budgets pour cela, pas de modèle à suivre et il fallait être imaginatif. Même en ce qui concerne la musicothérapie, il y avait peu d’études ou de projets en marche, encore moins avec une clientèle âgée. Je me souviens que la stagiaire responsable de la musicothérapie n’avait trouvé qu’un seul projet dans la littérature à se fier pour monter ses activités.

En ce qui me concerne, c’est fut une expérience inoubliable, gratifiante et enrichissante à la fois. J’ai été dans plein de directions et expérimenté plein de choses à la fois. Ce fut comme un laboratoire en quelque sorte. Autant, j’ai eu du plaisir à faire ce que j’ai fait, autant aussi à constater à quel point on peut avoir un impact sur le bien-être des gens avec de la créativité même si on avait peu de moyens. Mais pourquoi parler de tout ça ? J’ai cherché sur le net des articles portant sur le Foyer Chanoine-Audet afin de savoir comment c’en est rendu aujourd’hui et je suis tombé sur le témoignage de la dame (voir plus bas) dont sa mère fut résidente du CHSLD jusqu’en 2012. J’ai réalisé en lisant ce témoignage que l’on n’a pas tout balancer des projets d’il y a 20 ans. On a conservé encore cet esprit d’il y a 20 ans, de cette volonté de faire du CHSLD un milieu de vie et non pas un dortoir ou un mouroir. J’ai exercé par la suite mon métier de psychologue ailleurs. Mon expérience subséquente et les nouvelles dans les médias me montrent combien encore aujourd’hui les mentalités sont lentes à changer. Peu de choses ont réellement changé depuis 20 ans dans les CHSLD. J’ose cependant espérer un jour qu’on fera passer les humains avant la rentabilité et offrir un milieu de vie décent à nos aînés. Ils ont assez donné de leur vie pour ne pas les mettre en tombe avant que leur heure ne soit venue.

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Témoignage

Histoire d’amour dans un CHSLD

Le Soleil

Avec toutes les histoires d’horreur qu’on entend sur les CHSLD, je juge important de faire le témoignage qui suit.

J’écris ces lignes le 8 mars 2012. Je suis au chevet de ma mère qui quittera ce monde dans les heures ou les jours qui viennent. Elle ne souffre pas puisqu’elle reçoit la médication qui lui permettra de quitter tout en douceur. Le personnel la tourne à chaque heure, en prenant soin de crémer son dos à chaque fois, humecte sa bouche avec autant de dévouement, d’amour et de compassion que si c’était leur propre mère. À chaque fois qu’ils lui font un soin, même si elle est inconsciente, ils disent Mme Montembault, on va vous tourner, on va vous donner votre médication.

On m’a apporté un gros fauteuil, qui devient un lit au besoin, un lecteur CD, une couverture, une cafetière avec du café et tasses, une lampe en cristal de sel pour l’ambiance, des livres et revues. Bref, on a pris soin de moi au-delà de ce que j’aurais pu souhaiter et les derniers moments de ma mère sont à l’image des six années qu’elle a passées ici. Une résidence 7 étoiles.

À notre arrivée, nous avons été accueillies par Marie-Claude, un vrai rayon de soleil. Nous sommes entrées dans un centre d’une grande propreté. Ensuite, nous nous sommes rendues à sa chambre, grande, vitrée, avec la vue sur le fleuve. Partout, à la cafétéria comme au salon, où il y a télévision et livres, ce sont des grandes fenêtres où la lumière éclaire la vie de ces personnes âgées, autant que le personnel remplit leur coeur par leur énergie et leur amour.

Dans un «7 étoiles», on a les menus d’hiver et les menus d’été. C’est avec grand plaisir et l’eau à la bouche que je choisissais avec ma mère. Deux choix de repas le midi, 2 choix pour souper, soupe ou jus, deux choix de dessert, et ce, à chaque jour.

Du temps où elle était bien et avait toute sa tête, sa douceur après le souper était de mettre sa jaquette, de se coucher et de mettre ses écouteurs pour écouter la télé jusqu’à très tard, comme lorsqu’elle était chez elle.

Au fil des années, ma mère, toute déformée par l’arthrite rhumatoïde, perd ses facultés. Comme elle ne marchait pas et qu’elle pesait 70 lb, on lui a fait un fauteuil roulant adapté avec un coussin qui empêche les plaies sur ses fesses et facile à rouler pour ses mains déformées. Lorsque la démence s’est installée, un jour elle a oublié qu’elle ne marchait pas, elle a enjambé son lit et elle est tombée. Elle a été transportée à l’hôpital, heureusement, pas de fracture. Alors, le branle-bas de combat, on change son lit. Un lit qui descend jusqu’au sol. On y ajoute un matelas de sol collé en permanence du côté gauche et un qu’on ajoute du côté droit lorsqu’elle se couche. Comme ses os lui font mal, on installe le lève-patient pour la transporter de son fauteuil roulant à son lit, comme une petite cigogne. Aucune souffrance.

Je me souviens aussi lorsque ma soeur est décédée subitement à l’âge de 47 ans et que les funérailles étaient à Montréal et qu’elle n’avait pas la force d’y assister, Guylaine, une préposée qui était en congé cette journée là, était venue passer l’après-midi avec elle.

Quel cadeau, quel privilège où durant ces 6 années, j’ai pu être à mon travail, vaqué à mes nombreuses occupations, m’occuper de mes enfants, pendant que des anges s’occupaient de ma mère. À la moindre égratignure ou petit bleu, on m’appelait, on m’avisait.

En plus de tous ces soins, le personnel prenait le temps de la peigner, de lui mettre son rouge à lèvres et son fard à joues. Ma mère portait des culottes gériatriques. Jamais je n’ai senti une quelconque odeur d’urine. Aucun médicament n’est donné inutilement contrairement aux discours véhiculés : qu’on les endort pour avoir la paix.

On cherchait toujours plus pour égayer la vie des patients. La zoothérapie, un petit oiseau, bref, c’était plein de vie. Toutes les fêtes étaient soulignées.

Ma mère nous a quittés le 10 mars, tout en douceur. C’était un moment de grâce. Je n’étais pas dans une chambre de mourant, mais dans un espace d’amour et de vie. Jusqu’à son dernier souffle, elle a été accompagnée et supportée par des anges. Ma mère vivait dans un «7 étoiles», n’ayant que pour seul revenu la Rente du Québec et son fonds de pension du fédéral. Ce milieu de vie s’appelle le CHSLD Chanoine-Audet, situé à Saint-Romuald.

Lorsqu’à nous serons âgés à notre tour et dans l’incapacité de rester chez soi, je nous souhaite à tous d’avoir la chance de terminer nos jours dans ces conditions, qui sont au-delà de ce qu’on peut souhaiter. Dans ces conditions que chaque humain en fin de vie mérite. Dans le respect et la dignité.

Jamais je n’oublierai le dévouement et l’amour de tous ces êtres de lumière qui ont accompagné ma mère jusqu’à la toute fin et m’ont plus que supportée dans ce moment difficile. À Danielle, Guylaine, Jean-François, Linda, Lisette, Pascale, Dr Lapierre, Dr Morneau, Louise Doucet, chef d’unité, et tous ceux et celles que j’ai moins connus, du plus profond de mon coeur, un gros merci!

Manon Pelletier, fille de Françoise Montembault

Lévis

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